Un mur de bouteilles couchées dans la cave

Nous deux

Qui sommes-nous.

L'un de nous est français et connaît le vin. L'autre prend le chemin le plus long et le filme.

Matt et Marcel sur des marches de pierre, avec une bouteille, un verre de rouge et une baguette

Nous deux · France · septembre 2026

Les origines.

Un constat simple

Nos amis anglais aiment le vin français. Ça, c’est sûr, et ça se voit. Sauf qu’ils achètent presque toujours les mêmes bouteilles, celles des grandes maisons, qu’on croise partout, qu’on reconnaît sans même y penser. Rien d’étrange à ça : on va vers ce qu’on connaît, comme on retourne toujours dans le même café.

Ces vins-là sont très bien faits, cela va sans dire. Mais il y a les vins qu’on connaît par cœur sans jamais être allé visiter le domaine, et il y a l’autre vin, celui du bout d’un chemin que le GPS n’a jamais voulu reconnaître. Le second est plus confidentiel, et de l’autre côté de la Manche, personne n’en a jamais entendu parler. Pas encore, en tout cas.

Et puis il y a un père et un fils qui travaillent ensemble sur moins de 10 hectares, du lever au coucher du soleil. Et ça, ça ne se voit pas sur une étiquette, ça se devine dans le verre. Un peu comme on devine, sans trop savoir pourquoi, qu’un plat a été cuisiné par quelqu’un qui vous aime.

« Un vin fait par un vigneron avec son fils, ça se goûte dans le verre. »
Marcel

Tiños Viños est né de ça, en fait. Rien de bien compliqué. Marcel connaît les portes auxquelles il faut frapper. Matt connaît les Anglais à qui il faut parler. Alors ils y vont, ils frappent, ils discutent, et ils reviennent avec le vin. Bientôt, ils vous l’apporteront.

« Un autre vin était là, pas vraiment caché, il attendait juste qu’on vienne le voir. Il suffisait de savoir à quelle porte frapper. »

Tout ça a commencé loin de toute vigne, un peu par hasard, comme souvent les bonnes choses. Un Français qui vit au milieu des rangs, un Anglais avec une caméra autour du cou, et une conversation sur le vin qui n’a plus jamais vraiment cessé. Voilà. Tiños Viños, c’est ça : deux types qui parlent encore.

Collines de vignes du sud du Rhône au crépuscule, un mas de pierre et des cyprès au loin

Notre histoire.

« On ne choisit pas vraiment ses amis. On les perd de vue, et on se donne du mal pour les retrouver. »

Assouan

Je suis arrivé sur l’île d’Éléphantine par un petit bateau qui traverse le Nil, à Assouan, sans savoir que j’étais en train de rencontrer quelqu’un pour de bon. Il y avait, sur ce bateau, un type avec des sacoches de vélo pleines à craquer, l’air de porter toute sa vie sur deux roues. Il s’appelait Marcel, descendait de France jusqu’à la Réunion, l’Europe entière déjà derrière lui. Moi, je me baladais en Afrique sans grand plan, juste l’idée de rester assez longtemps quelque part pour comprendre comment les gens y vivent, vraiment.

Avant de se quitter, il m’a demandé où se trouvait son hôtel. Je lui ai indiqué une direction. La mauvaise, évidemment. Lui a fait le tour complet de l’île à pied, épuisé, sous le soleil qui ne pardonne rien. Moi, en marchant dix minutes dans l’autre sens, j’étais tombé sans le savoir sur cet hôtel-là. Le sien. Quand il est enfin arrivé, à la nuit tombée, j’étais déjà installé, à moitié endormi dans le hall, comme si de rien n’était. Il n’a jamais vraiment digéré cette histoire. Moi, je trouve ça toujours aussi drôle.

Soudan

On s’est bien entendus, dans les jours qui ont suivi. Assouan ensemble, la queue au consulat du Soudan ensemble, pour arracher un visa qu’on n’était même pas sûrs de mériter. Puis le Soudan, chacun à sa façon : lui dans le désert, à vélo, vivant d’une poignée de noix et d’un peu d’eau ; moi en bus locaux, entassé avec tout le monde et leurs poules. On se retrouvait tous les quelques jours dans une ville dont personne n’a jamais entendu parler, Dongola, Karima, Atbara, lui surgissant du sable comme s’il en sortait littéralement.

Khartoum

Et puis, à Khartoum, on s’est perdus. Pas au sens romantique. Vraiment perdus. On m’a volé mon téléphone, plus aucun moyen de dire à Marcel où j’étais. Le lendemain, je prenais un vol pour Addis Abeba, et on s’est dit, chacun de son côté, que c’était fini, que le désert nous avait repris ce qu’il nous avait prêté.

Newcastle

Marcel, lui, n’a pas lâché l’affaire. Il a appelé la compagnie aérienne pour savoir si un certain Matt avait bien embarqué ce jour-là. Réponse : information confidentielle. Il n’avait même pas mon nom de famille pour insister. Son seul numéro de moi, un numéro égyptien, s’était envolé avec mon téléphone. Il ne lui restait plus qu’un souvenir : que ma mère, décoratrice d’intérieur quelque part à Newcastle, avait un site pour son activité.

Des mois plus tard, il a raconté cette histoire à un autre Français croisé en chemin, qui lui a simplement dit : essaie quand même. Alors Marcel a retrouvé ce site par hasard, a écrit à une femme qu’il n’avait jamais vue, lui a demandé si elle était bien la mère de Matt. Elle a dit oui. Elle a dit que je lui avais parlé de lui. Et elle lui a donné mon contact, sans même me prévenir, ce qui, avec le recul, ressemble beaucoup à ma mère.

Zanzibar

On s’est retrouvés sur une plage de Zanzibar. Les premières bouteilles après une longue traversée sans une goutte, du poisson tout juste sorti des barques, et plus aucune raison de se presser. Comme si le temps, enfin, nous rendait ce qu’il nous devait.

Nîmes, puis la Bourgogne

Après ça, on s’est perdus de vue d’une façon plus douce, la façon normale : un message tous les trois ou quatre mois, comme le font les vrais amis, qui reprennent toujours la conversation là où ils l’avaient laissée. En 2025, je suis venu à Nîmes pour les férias, sans qu’on parle une seule fois de vin. En 2026, j’y suis retourné, et cette fois l’idée est sortie toute seule, presque par surprise. Je suis reparti avec Marcel jusqu’en Bourgogne, et c’est là qu’on a posé les choses à plat, pour de bon.

Marcel à table à Nîmes, foulard bleu, un verre de rouge, une daube et une bouteille

Nîmes · à table · juin 2025

Marcel appuyé contre une remorque à vendange rouge, dans une cour de ferme

Chablis · Bourgogne · septembre 2026

Marcel de dos, les mains sur la table d'orientation, face aux coteaux et aux vignes de Chablis
Chablis · Bourgogne · septembre 2026

C’est sur cette amitié-là qu’est bâti ce club.

Matt
« Certaines amitiés tiennent à un mauvais itinéraire et à une mère décoratrice d’intérieur à Newcastle. »

De passage à Dijon ? Écrivez-nous. Marcel sera toujours ravi de partager une balade, un verre, un dîner, ou quelques conseils pour votre voyage en France.

Film 03 · La table

Huit minutes à une terrasse de Dijon.

Sans texte écrit, avec une bouteille de blanc. Comment une mauvaise réponse sur le Nil est devenue, cinq ans plus tard, cette maison, et ce qu’on veut qu’elle soit.

Dijon · septembre 2026 · 8 min · en anglais, sous-titré

Chapitres

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